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jeudi 15 août 2013

Jean-Marc Jancovici à l’assemblée nationale

Audition sur le changement climatique de Jean-Marc Jancovici, à l’assemblée nationale le 6 Février 2013.
C'est un condensé en une heure de ses cours, "population énergie, climat " accessible ici. Comme Jancovici le dit souvent, ça doit pas être souvent que des élus sont assis pendant deux heures dans une pièce pour écouter des explications sur un sujet complexe autre que d'économique orthodoxe.




mercredi 3 juillet 2013

La mort de l'innovation, la fin de la croissance.




Robert J. Gordon est un économiste qui étudie les sources de la croissance sur le long terme dans les pays développés.  Avant la première révolution industrielle, il n'y avait quasiment pas de croissance, elle plafonnait depuis des siècles à 0.2% en moyenne. Elle a augmenté ensuite progressivement jusqu’à un maximum (entre 2 % et 3%) dans les années 30, 40 et 50, puis elle a commencé a redescendre. Sur la dernière décennie, la croissance est plate. N'avons nous pas passe un pic de croissance ?

Si l'on étudie les sources premières de la croissance : démographie,  éducation,  innovation. Les deux premières peuvent difficilement constituer les sources de la croissance future pour les pays développés.  Il ne reste que l'innovation comme source de croissance.

Et c'est la que Robert Gordon enfonce le clou. Il analyse l'innovation non pas en complexité mais en fonction de l'impact qu'elle ont eu sur la vie des gens et donc sur la croissance. Et on est bien obligé d'admettre que les innovations d'il y a 100 ans, électricité,  eau courante, urbanisation, vaccination, chauffage, moteur a combustion...etc ont bien plus transformé la société que les innovation des 50 dernières années, ordinateur, internet, biotechnologies. 

On a toute les raison de penser que la croissance moyenne à 2%, c'est définitivement fini !

dimanche 12 mai 2013

Facteurs limitant

Le système économique actuel est structurellement bâti sur le présupposer que les ressources sont infinies ou substituables. Ecoutez n'importe quel économiste ou chercher dans n'importe quelle théorie économique et vous constaterez que l’idée même de ressource finie ou non substituable est considérée comme une hérésie. Et c'est logique... puisque dans l’économie actuelle, les ressources ne sont pas comptabilisées. Ce qui est comptabilisé est la rente du propriétaire de la ressource ou le travail nécessaire pour extraire la ressource. A aucun moment, n'est comptabilisé le travail pour la "fabrication" de la ressource. personne ne paie la forêt qui purifie l'air et restitue de l’oxygène, ou la terre qui a fabriqué du pétrole en quelques millions d’années. Si l'on payait déjà ces services, le coût pour fabriquer du carburant liquide à partir de biomasse et dans les même volumes que le pétrole (ce qui est en fait impossible) serait déjà inclus dans le système et il n'y aurait pas de crise énergétique. 

Cette idée que les ressources soit infinies est en quelque sorte la conséquence historique du fait que, au début de notre système économique actuel, c.a.d. au début de la révolution industrielle, cette approximation était sans conséquences. L’économie est  l'extraction des ressources physiques  (matériel et énergétique) pour en faire du "PIB" (des biens ou services utilisables directement) à l'aide de capital et de travail. Les facteurs limitant de l’époque étaient le capital et le travail, donc la question de la déplétion des ressources n’était pas prise en compte.  

Pourtant, nous arrivons à un stade ou s'il y a une limitation sur les ressources, elle est dominante, le travail et le capital ne sont plus les facteurs limitant. De fait depuis le premier choc pétrolier  il y a du chômage : trouver de la main d'oeuvre n'est plus le facteur limitant. De même depuis 2008 le capital n'est pas le facteur limitant : les bureaux, une infrastructures de transport, les machines outils sont du capital. Il y a surproduction de tout cela , on n'entend plus jamais parler d'une entreprise qui ne pourrait pas fonctionner par manque de local, ou par manque d'infrastructure...Le capital n'est plus le facteur limitant.

Pour résumer l'on peut dire que l'on pensait que l'environnement faisait partie de l'économie alors que la réalité est que c'est l'économie qui fait partie de l'environnement. 



lundi 25 juin 2012

Interview de Dennis Meadows

Un interview dans le monde de Dennis Meadows, par Stéphane Foucart et Hervé Kempf. Si vous n'avez qu'un article à lire dans le mois, c'est celui là :


En mars 1972, répondant à une commande d'un think tank basé à Zurich (Suisse) - le Club de Rome -, des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) publiaient The Limits to Growth, un rapport modélisant les conséquences possibles du maintien de la croissance économique sur le long terme. De passage à Paris , mercredi 23 mai, à l'occasion de la publication en français de la dernière édition de ce texte qui fait date (Les Limites à la croissance, Rue de l'Echiquier, coll. "Inital(e)s DD", 408 p., 25 euros), son premier auteur, le physicien américain Dennis Meadows, 69 ans, a répondu aux questions du Monde.
Quel bilan tirez-vous, quarante ans après la publication du rapport de 1972 ? 
D'abord, le titre n'était pas bon. La vraie question n'est pas en réalité les limites à la croissance, mais la dynamique de la croissance. Car tout scientifique comprend qu'il y a des limites physiques à la croissance de la population, de la consommation énergétique, du PIB, etc. Les questions intéressantes sont plutôt de savoir ce qui cause cette croissance et quelles seront les conséquences de sa rencontre avec les limites physiques du système. Pourtant, l'idée commune est, aujourd'hui encore, qu'il n'y a pas de limites. Et lorsque vous démontrez qu'il y en a, on vous répond généralement que ce n'est pas grave parce que l'on s'approchera de cette limite de manière ordonnée et tranquille pour s'arrêter en douceur grâce aux lois du marché. Ce que nous démontrions en 1972, et qui reste valable quarante ans plus tard, est que cela n'est pas possible : le franchissement des limites physiques du système conduit à un effondrement. Avec la crise financière, on voit le même mécanisme de franchissement d'une limite, celle de l'endettement : on voit que les choses ne se passent pas tranquillement. 
Qu'entendez-vous par effondrement ? 
La réponse technique est qu'un effondrement est un processus qui implique ce que l'on appelle une "boucle de rétroaction positive", c'est-à-dire un phénomène qui renforce ce qui le provoque. Par exemple, regardez ce qui se passe en Grèce : la population perd sa confiance dans la monnaie. Donc elle retire ses fonds de ses banques. Donc les banques sont fragilisées. Donc les gens retirent encore plus leur argent des banques, etc. Ce genre de processus mène à l'effondrement. On peut aussi faire une réponse non technique : l'effondrement caractérise une société qui devient de moins en moins capable de satisfaire les besoins élémentaires : nourriture, santé, éducation, sécurité.  

vendredi 22 juin 2012

Hans Rosling et la fantastique machine à laver

Hans Rosling dans ses autres conférences voit et nous montre le progrès en marche. Il faut préciser que lorsque l'on remet en cause la notion de progrès, on ne rejette pas en bloc tout bien être matériel, toute évolution scientifique et toute avancée technologique. Ce dont on parle lorsque l'on remet en cause la notion de progrès c'est de contre-productivité, de lois des rendements décroissants de la technologie ou encore de fragilité des systèmes complexes. Cependant il reste vrai que la majorité des gens sur cette planète a le droit au développement économique, à l'enrichissement ...etc

Ici, Hans Rosling est très convaincant quand il fait de la machine à laver l'objet le plus fondamental, le plus symbolique du progrès des 100 dernières années .

vendredi 30 mars 2012

Y a-t-il eu progrès depuis l'an 1250 ?

Un petit extrait d'un post d’Energie bulletin au titre est-un peu provocateur, pour amorcer une série de post sur la question du "progrès".

Article original : http://www.notechmagazine.com/2010/04/has-there-been-progress-since-1250.html
Même dans les communautés minières les plus reculée et ce, jusqu'au seizième siècle, plus de la moitié des jours étaient enregistrées comme vacances, tandis que pour l'Europe dans son ensemble, le nombre total de jours fériés, y compris le dimanche, atteignait 189, un nombre encore plus grand que ceux dont jouissaient la Rome Impérial. Rien n'indique plus clairement un surplus de nourriture et d'énergie humaine, et surement de biens matériels. Les instruments modernes pour remplacer le travail humain n'ont pas encore fait mieux.
- Lewis Mumford, Le mythe de la machine: le développement technique et humain.-


Medieval artisan 3
Fourastié (Un économiste français) avait raison de présenter le cas numériquement pour dramatiser le raccourcissement de la semaine de travail et de l'énorme transformation du niveau de vie et dans la nature qualitative de la vie. Le cas est en effet simple, si 1950 est comparé à 1815. Mais ce n'est plus tout à fait aussi simple, si 1950 est comparé à 1250. C'est important de considérer, pour le travail, non seulement le temps mais l'intensité. "

"Il est possible de faire une comparaison significative entre la journée de travail de quinze heures d'un mineur en 1830 et la journée de travail de sept heures de 1950. Mais il n'y a pas de dénominateur commun entre la journée de sept heures de 1950 et la journée de quinze heures de l'artisan médiéval. Nous savons que le paysan interrompt sa journée de travail par d'innombrables pauses. Il choisit son propre tempo et rythme. Il converse et lance des blagues a tous les passants. "
Nous ne pouvons pas dire avec certitude qu'il y a eu des progrès de 1250 à 1950. En le faisant, nous comparerions des choses qui ne sont pas comparables. Par conséquent, il est conseillé de se limiter à dire qu'il y a eu des progrès depuis le début de l'ère industrielle, qui a été fondée par une rupture et une destruction de l'ordonnance d'un ordre ancien qui n'est pas comparables. "

Citation de "La Société technologique", Jacques Ellul,1964 (P192) / Oeuvre originale: "La technique de l'unité d'organisation ENJEU du siècle», 1954.

mardi 6 mars 2012

D'accord sur le diagnostique

Vous remarquerez que dans ce blog, je ne parle pas de Photovoltaïque, de smart-grid, ou encore d’économie de l’hydrogène. Il y a plusieurs raison a cela :
  • Ces pseudo solutions sont souvent plus du greenwashing que de réelles avancées et 
  • Le piégé est d'attendre la solution technologique qui va résoudre tous les problèmes au risque de confondre Technologie et Magie.
  • En revanche considérer que toute solution qui nécessite un changement de mode de vie n'est pas  une solution relève du monde des shadok.
En cette période d’élection, chacun y va de son programme et ajoute une touche de vert par-ci par la sans avoir réellement fais le bon diagnostique. Quand des socialistes parlent à des umpistes, ils sont généralement d'accord sur le but ; il y n'a pas assez de croissance. Certain vont plutôt proposer une politique de l'offre d'autre une politique de la demande. Et si  le vrai problème, c’était la dépendance a la croissance ?

En gardant cela en tête, les posts suivant vont essayer de récapituler les différentes solutions technologique que l'on évoque en parlant de croissance verte.

dimanche 25 décembre 2011

"il était une fois... l'Homme"

Dans les bons souvenirs d'enfance : une grande fresque de l'histoire de l’humanité en dessin animé: "il était une fois... l'Homme" suivit de "il était une fois...l'Espace". (Attention Spoiler) La morale du dessin animé c'est une vision assez linéaire de l'histoire qui aboutit à la "sublimation" de l’humanité qui atteint en quelque sorte le paradis dans un éclat de lumière !!

Quand on y repense un peu, c'est imprégné de la vision occidental du monde et de morale et chrétienne. Je crois que, à un moment ou un autre, il va falloir que nous nous rendions compte que la "flèche du progrès" n'est peut-être pas si droite.

mercredi 7 décembre 2011

Le roi, le sage et l'echiquier

Une légende indienne raconte que dans les temps anciens l'Empereur Shiram demanda à Sissa ben Daher, l'inventeur des échecs, comment il pourrait le remercier des plaisirs que lui procurait ce magnifique jeu.
Le savant répondit qu'il se suffirait d'un grain de riz placé sur la première case de l'échiquier qui en deviendrait deux sur la seconde et ainsi de suite et qu'il prendrait donc, en guise de récompense, le tas de riz qui se trouverait sur la soixante quatrième et dernière case de l'échiquier.


L'Empereur furieux crut à une plaisanterie ou à de la provocation ! Le modeste sujet avait une si belle occasion de devenir riche et il ne réclamait que quelques sacs de céréales ! Notre puissant savait surtout bien mal compter car c'est une immense montagne de riz, correspondant à des milliers d'années de production mondiale, qu'il lui fallait maintenant honorer ! Ce qu'il ne sut pas faire évidemment.
Cette histoire est souvent prise en exemple pour évoquer la mauvaise compréhension qu'on les hommes de la fonction exponentielle.









jeudi 3 novembre 2011

Complexité, énergie et économie mondialisée 2/4


La suite de l'article de David Korowicz où l'on comprend le lien entre  mondialisation et complexité et entre complexité et énergie.

L'économie mondiale, augmentation la co-dépendance et l'intégration :

Quand l'économie mondialisée croit, la population augmente, la richesse et l'intégration ouvre la possibilité à de nouvelles économies d'échelle et à des niches productives plus diversifiées. Lorsque de nouvelles technologies et modèles d'affaires (solutions ou ensembles de solutions) émergent, ils co-adaptent et co-évoluent avec ce qui est déjà présent. Leur adoption et leur diffusion par le biais des réseaux plus larges dépend de l'efficacité qu'ils fournissent en termes de réduction des coûts et de nouveaux débouchés. L'un des principaux moyens de gagner en efficacité globalement est de laisser les différentes pièces du système partager les coûts des transactions en partageant des plate-formes d'infrastructures communes (réseaux d'information et de transport, réseau électrique, eau / eaux usées, systèmes financiers...etc). Ainsi, il y a une tendance qui se renforce à avantager ceux qui construisent la plate-forme ainsi que les utilisateurs de la plate-forme, qui grandit à mesure que le nombre d'utilisateurs augmente. Avec le temps, l'échelle du système devient un obstacle à une diversification vers des systèmes alternatifs puisque le coût initial et les économies d'échelle intégrés deviennent un obstacle plus important pour les nouveaux entrants, en particulier là où il y a une plaque tournante d’infrastructures complexes. Le manque de diversité du système n'est pas nécessairement due à des monopoles d'entreprise. Par exemple, il y a une concurrence vigoureuse entre les fournisseurs de services de téléphone mobiles, mais ils partagent des plates-formes d'information communes et dépendent des réseaux d'électricité et du système monétaire, qui ont tous deux peu ou pas de diversité de système.

Nos systèmes d'exploitation sont intégrés dans l'économie globale. Des infrastructures coûteuses et un besoin continuel pour des composants de remplacement signifie que les économies d'échelle et un grand nombre de personnes économiquement liées sont nécessaires pour les rendre viables. Par exemple, les ressources nécessaires pour maintenir l'infrastructure IT sur laquelle nous nous appuyons pour des services essentiels sont telles que cela requiert aussi que nous achetions des consoles de jeux, que nous envoyions des messages texte superflus et que nous regardions des vidéos sur YouTube. En d'autres termes, nos besoins non-discrétionnaires et les systèmes critiques qui les soutiennent sont abordables car ils sont subventionnés par des dépenses discrétionnaires, qui dépendent elle-même de nouvelles économies d'échelle générées par l'économie mondialisée qui nous fournit notre revenu discrétionnaire en premier lieu.

Dans cette perspective, poser des questions sur les besoins en ressources pour des produits individuels de l'économie (un ordinateur ou mon café du matin, par exemple) est équivalent à poser des questions sur les ressources nécessaires à votre doigt, cela n'a de sens que si le reste du corps est doté de ressources suffisantes .

Passage de l'énergie primaire à l'énergie finale pour la France
(source du graphique)

samedi 29 octobre 2011

Complexité, énergie et économie mondialisée 1/4


Il existe en anglais une expression dont je n'arrive pas à trouver une traduction satisfaisante : "To connect the dots". Reconstituer une vision d'ensemble à partir des différents éléments fractionnels dont on dispose. Voici un article qui essaie donc de connecter les dots. C'est une synthèse actuelle des idées de Joseph Tainter, de limits to growth  et de Donella Meadows

Cette approche de dynamique des systèmes fait ressortir une grille de lecture que je trouve particulièrement pertinente pour "la civilisation", "le développement". Cela relie ressources, développement, économie et entropie (notion physique entre énergie et complexité)


À l'aube de l'effondrement: complexité, énergie et économie mondialisée
par David Korowicz

Les systèmes dont nous dépendons tous pour nos transactions financières, pour notre nourriture, notre carburant et autres moyens de subsistance sont si interdépendants qu'ils est mieux de les considérer comme des facettes d'un système global unique. La maintenance et l'exploitation de ce système mondial exige beaucoup d'énergie et, parce que les coûts fixes d’exploitation sont élevés, ce système n’est seulement rentable que s'il opère à pleine capacité. En conséquence, si son débit baisse parce que moins d'énergie est disponible, il ne se contracte pas d’une manière douce et contrôlable. Au contraire, il est sujet à un effondrement catastrophique.

image par Paul Butler

Fragments d'une économie mondialisée :
  • L'éruption du volcan Eyjafjallajökull en Islande a conduit à la fermeture de trois lignes de production de BMW en Allemagne, à l'annulation d’opérations de chirurgie à Dublin, à des pertes d'emplois au Kenya, à des passagers bloqués dans le monde entier et à de sévères avertissements sur les effets que ces bouleversements aurait sur certaines économies déjà stressées.
  • Pendant le blocus de dépôt de carburant au Royaume-Uni en 2000, les chaînes d'approvisionnement à flux tendu des supermarchés se sont interrompues et, comme les stocks fondaient, les étagères se sont immédiatement vidées. L'anxiété à ce sujet est montée à un point tel que le ministre de l’intérieur, Jack Straw, a accusé le blocus des camionneurs de "menacer la vie des autres et de mettre l'ensemble de l’économie et de la société à risque ».
  • L'effondrement de Lehman Brothers a contribué à précipiter un bref gel dans le financement du commerce mondial dans le même temps que les banques avaient peur d'accepter les lettres de crédit des autres banques. [1]
Tout comme nous ne remarquons jamais le sol sous nos pieds à moins que nous ne trébuchions, nous n’entre-apercevons ces réseaux complexes d'inter-dépendances sur lesquelles repose la vie moderne que lorsqu'une partie de ces réseaux échoue. Lorsque la panne est corrigée, le rideau se referme et tout revient à la normale. Cependant, c’est cette “normale”qui est extraordinaire.


mardi 4 octobre 2011

La malédiction de Cassandre

Ci dessous la traduction d'un texte de Ugo Bardi sur la manière dont l’étude "Limits to Growth" connue en français sous le nom "Rapport du club de Rome" a été diabolisée depuis sa parution en 1972.

L'article original en anglais est accessible ici : "Cassandra's curse: how "The Limits to Growth" was demonized"


L’histoire de Cassandre est très ancienne : sa malédiction était qu'elle dirait toujours dire la vérité et qu’elle ne serait jamais cru. Mais c'est aussi une histoire très moderne et, peut-être que la quintessence des Cassandres de notre époque serait le groupe de scientifiques qui ont préparé et publié en 1972 le livre intitulé "The Limits to Growth". Avec ses scénarios d'effondrement de civilisation, le livre a choqué le monde peut-être plus que Cassandre n’avait choqué ses compatriotes les citoyens de Troie quand elle avait prédit la chute de leur ville aux Achéens. Tout comme Cassandre ne fut pas cru, l’étude "The Limits to Growth". est aujourd'hui encore largement perçue comme une étude défectueuse, qui s’est trompée tout le long. Cette opinion est basée uniquement sur ​​des mensonges et des distorsions, mais, apparemment, la malédiction de Cassandre est toujours bien vivante de notre temps.




Le premier livre de la série LTG ( “The Limits to Growth") a été publié en 1972 par un groupe de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology: Dennis Meadows, Donella Meadows, Jorgen Randers et William Behrens III. Le livre a rapporté les résultats d'une étude commandée par un groupe d'intellectuels qui avaient formé le "Club de Rome" quelques années auparavant. Il a examiné l'évolution de l'économie du monde entier au moyen d'un modèle mathématique basé sur un «système dynamique», une méthode qui avait été élaboré auparavant par Jay W. Forrester. En utilisant des ordinateurs, une nouveauté pour l'époque, le modèle LTG du monde pouvaient suivre l’évolution d’un grand nombre de variables et de leurs interactions au fur et a mesure que le système change avec le temps. Les auteurs ont élaboré un certain nombre de scénarios pour l'avenir du monde a partir de différentes hypothèses. Ils ont constaté que, a moins que des mesures spécifiques ne soient prises, l'économie mondiale tend à s'effondrer à un moment donné au 21ème siècle. L'effondrement est causé par une combinaison d'épuisement des ressources, de surpopulation et de pollution croissante (ce dernier élément que nous verrions aujourd'hui comme liés au réchauffement climatique).

lundi 19 septembre 2011

L'empreinte écologique, la consommation d'énergie, et l'effondrement qui s'annonce.


Voici la traduction d'un article de François Cellier, un professeur de simulation numérique des systèmes de l'ETH Zurich qui résume assez bien les liens entre emprunte écologique, population, énergie et dynamique des systèmes. Cela  fait donc le lien entre le post précédent et les post suivants qui parlerons de "limits to growth". Si vous n'avez pas le temps de tout lire, prenez quand-même une minute pour examinez le premier schéma.
L'article d'origine en anglais est disponible  ici sur the Oil Drum.


Capacité de charge et empreinte écologique :

Vous avez juste fini de préparer le déjeuner pour quatre personnes quand votre fils entre soudainement en demandant si son ami peut rester pour le déjeuner. Le repas préparé pour quatre personnes doit alors en nourrir cinq. Ce n'est pas vraiment un problème. Les membres de la famille reçoivent simplement un peu moins que ce qu'ils auraient reçu autrement.

Ce court récit illustre pourquoi le concept beaucoup discuté de capacité de charge de la planète Terre est imparfaite. Il est tout à fait possible de répartir les richesses disponibles entre plusieurs personnes. La conséquence sera tout simplement que moins est disponible pour chacun.
Pour cette raison, Mathis Wackernagel , directeur général de la Global Footprint Network , a développé un concept alternatif appelé empreinte écologique.

L'empreinte écologique d'une personne est une mesure de la quantité de terre dont une personne a besoin pour produire tout ce qu'il ou elle consomme: nourriture, vêtements, énergie, logement, les outils qui sont nécessaires pour fabriquer les vêtements, etc Sous contrat par les Nations Unies et le Gouvernement suisse, Mathis et son équipe a calculé la empreinte écologique moyenne par habitant de beaucoup de nations sur cette planète. Le Suisse moyen consomme environ 5,5 hectares (13,6 acres), l'américain moyen occupe environ 10 hectares (24,7 acres), tandis que l'habitant moyen de Madagascar survit avec 0,5 hectares (1,2 acres) seulement. L'habitant moyen sur cette planète se sert actuellement de 2,2 hectares (5,4 acres).


Relation entre Emprunte Écologique et Indice de Développement Humain (HDI) à l’échelle des pays.
Mathis a ensuite pris la totalité des terres arables disponibles sur la planète et l’a divisé par la population actuelle de 6,5 milliards de personnes. Ceci produit un encombrement disponible par habitant de 1,8 hectares (4,4 acres).
Il a ensuite tracé l'empreinte écologique des différentes nations par rapport a leur indice de développement humain (IDH) , une mesure de la qualité de vie de leurs habitants.

Pour que les habitants de la planète terre puissent mener une vie décente, sans taxer les ressources de la planète d'une façon insoutenable, chaque nation devrait donc consommer moins que les 1,8 hectares par habitant de l'empreinte écologique disponible, tout en obtenant un IDH de 0,8 ou mieux.

Ainsi toutes les nations doivent s'efforcer de voir leurs "points" sur le graphe passer dans la zone orange dans le coin inférieur. Actuellement, il n'y a qu'une seule nation qui ait son point à l'intérieur de la boîte orange. Cette nation se trouve être Cuba . Afin de progresser vers un monde durable, nous devons tous devenir ... non-pas Berlinois, mais Cubains.

dimanche 26 septembre 2010

Quelles évidences ?

Quelles évidences que le scénario "business as usual" pour notre civilisation industrielle n'est pas viable ?

1. Dans ce qu'on mange, il y a dix calories de pétrole (engrais, transport, réfrigération...) pour un calorie de bouffe. Dans un monde ou déjà quelque milliard de gens ne mangent pas à leur faim, si le pic pétrolier (qui n'est pas la fin du pétrole) ne fais pas peur, c'est qu'on se fourvoie en pensant que "on va bien trouver quelque technologies de remplacement" comme si une energie abondante etait une sorte de droit divin de l'humanite.

2. Jusqu'à preuve du contraire, pour l'instant toute croissance économique s'accompagne de croissance de la consommation d'énergie. Si quelqu'un a des infos comme quoi le découplage est en train de s'opérer, je suis preneur. En attendant, je ne vois pas de quoi avoir un optimiste béa sur le fait que quand l'énergie disponible pour l'économie diminuera, la croissance reviendra quand même.

3.En ce qui concerne le changement climatique, le problème n'est pas de perdre quelques îles dans le pacifique. Un problème un peu plus grave c'est que quelque degrés de plus suffisent a redessiner complètement la carte des pluviométrie a l'échelle mondiale avec sûrement plus de perdants que de gagnants. Quand on sait que quelque mois de sécheresse dans le mid-ouest américain suffisent a créer des émeutes de la faim a l'autre bout du monde, pas la peine de faire un dessin sur les conséquences de quelque dizaine de % de pluviométrie en moins sur la moitié des terres agricoles planétaire...dans un monde a 9 milliards d'habitants...et les OGM qui fond pousser du riz sans eau, c'est de la SF.

4.Les médias ne sont pas assez catastrophistes !! Sur le réchauffement climatique, ce ne sont pas des illumines qui ont peur, ce sont des milliers de scientifiques dont si on lits les publications on commences a verdir. (et je parle de publication peer review, pas du journal du dimanche).

5. En ce qui concerne l'extinction des espèces, la perte de biodiversité, je crois que la majorité des gens n'ont pas bien compris l'importance de la diversité génétique que ce soit en matière animale, végétale ou humaine. Sans faire un cour, une piste : "résilience".

6. Si l'on comprend que le rapport du club de Rome n'est pas un ensemble de prévision a la Nostradamus comme de nombreux économistes se font un plaisir de le caricaturer, mais c'est un ensemble de modélisations scientifique et de scénarios qui ressemblent étrangement a ce qui se passe en ce moment, il y a de quoi douter de tous les scénario de prolongation tendancielles dont on nous rabâche les oreilles.

7. On voit en ce moment même que l'EROI de notre système énergétique diminue. Si on fait le lien avec les idées de Joseph Tainter dans "Failure of complex systems", on comprend que la solution ne viendra pas d'elle même, et que des changement très profonds sont nécessaires.

Même si l'on est de nature optimiste, si tout cela ne sonne pas ne serais-ce qu'une tout petite alarme au fond de notre inconscient, en dépit de toutes les certitudes candides que nous vivons dans le meilleur des mondes, c'est que je n'y comprend rien.

vendredi 25 avril 2008

Limit to growth


Le livre "Halte a la croissance", dont le vrai titre devrait en fait être "limites a la croissance" et aussi autrement appelé "Rapport du Club de Rome" ou encore "Rapport Meadows" est un rapport scientifique apolitique par des scientifiques du MIT qui n'ont fait qu'étudier diffèrents scénarios d'évolution du monde. On entend tout et n'importe quoi à propos de ce rapport en particulier dans la bouche des économistes. Nicolas Baverez par exemple, économiste, animateur de l’émission "l'Economie en questions" sur France Culture ne rate pas une occasion de dire d'un ton péremptoire "le rapport du club de Rome s'est trompé". Je ne suis pas sur qu'il ait lu ce fameux rapport mais les économistes en général ont quelques difficultés avec la notion de limite.

Vous pouvez lire l'explication de Jean-Marc Jancovici : Qu'y a-t-il donc dans le "Rapport du Club de Rome" ?

  • Le rapport ne préconise aucune solution, il s'agit juste de faire des simulations.
  • Le club de Rome n'est pas lié au Vatican.
  • Dennis Meadows l'auteur le plus connu du rapport est spécialiste en "système complexes".
  • Le rapport ne s'est pas "trompé" puisqu'il n'a pas fait de prédictions mais présente plein de scénarios différents.
  • Tous les scénarios montrent que la croissance agricole, démographique, industrielle atteint les limites physiques de la planète au milieu du XXIème siècle
  • A l'inverse de ce que disent les critiques du rapport, l'évolution du monde actuel semble complètement suivre certains des scénarios présentés même si ce n'est pas une perspective réjouissante.

L’étude consiste en fait à faire un modèle de l'activité humaine en introduisant des notions telle que " si la production agricole augmente, la dégradation des sols augmente" ou "si la consommation de pétrole augmente, la fin du pétrole arrive plus vite". Le modèle est forcément imparfait mais il produit des scénarios qui sont sûrement plus pertinents que les scénarios de la plupart des prospectivistes officiels. En effet ça peut paraître bête mais notre société n'est souvent guidée que par des études basée sur des prolongations tendancielles, autrement dit, des projections dans le futur qui consistent à dire "telle chose a augmenté de 3% dans le passé, on peut sans risque dire qu'elle va augmenter de 2% dans le future".

Il n'est donc pas inutile de réfléchir sérieusement aux leçons du Rapport Meadows et comment et pourquoi il a été rejeté si violemment alors qu'il reste complètement pertinent trente ans après.

vendredi 15 février 2008

Qu'est ce qui va pas avec le PIB ?

Il y a quelques années, au cours d'un repas avec des amis d'amis tous statisticiens à l'insee, la conversation s'est portée sur le mouvement altermondialiste. Tous les convives furent assez ouvertement méprisant envers ces jeunes fous qui ne comprennent rien a l'economie. Quand j'ai essayé de défendre timidement l'éventuelle idée de la taxe Tobin, c'est tout juste si on m'a pas ris au nez. On m'a expliqué d'un ton condescendant qu'une taxe sur le mouvement des capitaux pourrait freiner la croissance et que même une réduction de 0.1 point de croissance, au niveau mondiale annulerait les actions que l'on pourrait effectuer avec le montant de la taxe. J'en suis resté benêt, je ne savais pas vraiment quoi répondre. Quand j'y repense, c'est encore une frustration intense. Que des gens qui sont censés être des statisticiens de haut niveau ne se posent même pas de question sur la nature des chiffres qu'ils manipulent, qu'ils ne puissent pas nuancer leur propos au point de fétichiser le 0,1 point de croissance d'un PNB qui n'est qu'un indicateur avec des limitations qui sont évidentes, me semble en fait la marque d'un vrai extrémisme idéologique dont ils ne se rendent même pas compte. 


S'il pouvait consacrer ne serait-ce que quelque minutes pour lire et débattre des idées ci-dessous, 

GDP / Criticisms_and_limitations - Wikipedia
http://www.redefiningprogress.org/
Sommes nous déjà en décroissance ?- Jean-Marc Jancovici
What's wrong with GDP

dimanche 2 décembre 2007

Genuine Progress indicator


Quand on dit croissance économique on parle de croissance du PIB (à ce propos, ça peut faire du bien à  tout le monde d'aller voir la page wikipedia sur le PIB pour savoir un peu mieux de quoi on parle). Et le problème c'est que justement si on prend un exemple, "passer d'un bâtiment pourri a un bâtiment isolé" ça peut normalement se faire de différentes manières, si on paye une société pour le faire, c'est bon pour la croissance, si on prends un congé sans solde et qu'on le fais soi-même, ça diminue la croissance.

En fait, la notion de "création de richesse" sous entendue "augmentation du PIB", a perdu sa pertinence dans les pays développés ! Ce n'est qu'une comptabilité aveugle (ne compte pas le patrimoine, ne compte pas le temps de repos, ne compte la consommation de ressources qu'en fonction du travail que représente l'extraction, ne provisionne pas les conséquences futures de nos actions présentes, ne compte pas les inégalités, favorise toujours le court terme, surévalue les biens de représentation social, sous-évalue les biens immatériels, la connaissance, la culture...etc...etc)

Il y a tellement de faille dans ce système, on a tellement l'illusion de s'enrichir alors que réellement on s'appauvrit que remettre en cause la "croissance" doit être au centre du débat politique. D'où l'intérêt d'indicateurs comme le Genuine Progress Indicator. A noter que dans les pays en développement, le Genuine Progress Indicator et le PIB sont encore en phase, le débat n'est donc pas le même.