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dimanche 28 juillet 2013

Vers la résilience (deuxième partie)

La construction d'un monde meilleur (et plus résilient) : Complexité, communauté et principe de précaution
par Laurie Mazur, initialement publié par NewSecurityBeat | 1 mai 2013
C'est la deuxième partie d'une adaptation de l'essai de Laurie Mazur pour le rapport WorldWatch 'State of the World 2013: Is Sustainability Still Possible?





Entre le tsunami de 2004 dans l'océan Indien et la Super tempête Sandy, la dernière décennie a vu une incroyable panoplie de catastrophes naturelles. Bien sûr, les catastrophes de toutes sortes ne sont pas nouvelles, mais, grâce à l'ampleur croissante et a l'interdépendance des entreprise humaine – y compris les dégâts que nous avons inflige au monde naturel - la fréquence, l'échelle et les conséquences des catastrophes d'aujourd'hui sont vraiment sans précédent.

La multiplication des catastrophes augmente la sensibilisation au sujet de notre besoin collectif de réduire nos vulnérabilités et d'augmenter notre capacité a rebondir par la suite - notre besoin d'une plus grande résilience. Dans le premier message de cette série, nous avons exploré les caractéristiques de la résilience des systèmes écologiques et sociaux. Ici, nous regardons comment ce raisonnement peut être appliqué et la façon dont la résilience est augmentée ou diminuée.

Bien sûr, il n'y a pas de solution magique pour cultiver la résilience des systèmes sociaux ou écologiques; la résilience est obstinément contextuelle. Mais quelques généralisations s'appliquent néanmoins:

Premièrement, ne pas nuire à notre capacité innée d’être résilient 
S'il y a bien une caractéristique des êtres humains c'est d’être résilient. Au cours des millénaires, nous avons colonisé presque tous les écosystèmes de la planète, nous sommes redressés après toute sorte de fléaux, de famines et d'autres catastrophes. Les leçons de ces expériences font partie de nous, elles sont codés dans nos systèmes immunitaires et dans nos structures sociales les plus durables.
C'est la bonnes nouvelles. "la résilience n'exige rien de rare ou d'extraordinaire", observe la psychologue Ann Masten dans le documentaire This Emotional Life. "Au contraire, elle nécessite que les systèmes adaptatifs humains fondamentaux fonctionnent normalement." Cela signifie que tout effort visant à renforcer la résilience doit commencer par une compréhension profonde des forces et des mécanismes d'adaptation existants et de faire tous les efforts pour les garder intacts.

dimanche 2 décembre 2012

Dr. Dennis L. Meadows

Dr. Dennis L. Meadows est un des auteur du rapport "Limits to growth".
Il parle ici de son parcours, de son éthique personnelle et surtout de l'histoire de ses recherches et du rapport du club de Rome.




Voici un petit extrait très intéressant concernant ce qu'il appelle les problèmes simples et les problèmes compliqués :

On est au point rouge et on veut aller au point vert . Dans le cas des problèmes simples, les mesures à prendre à long terme semble également bonne à court terme (au moment de la prochaine évaluation)


On est au point rouge et on veut aller au point vert . Dans le cas des problèmes complexesl'action qui semble rendre les choses meilleurs à court terme est très mauvaise sur le long terme 

Mes schémas sont très génériques. Ils pourraient illustrer par exemple le probleme d'essayer de perdre du poids, de réduire les émissions, de réduire la dette, ou tout autre objectif d'une personne, d'une communauté ou d'une nation. La plupart des politiciens et la plupart des économistes, la plupart des marchés réagissent très bien face à des problèmes faciles, parce que les mesures à prendre à long terme semble également bonne à court terme (au moment de la prochaine évaluation). Malheureusement, il existe d'autres types de problèmes : des problèmes difficiles. Dans les problèmes difficiles, l'action qui semble rendre les choses meilleurs à court terme est très mauvaise sur le long terme - et inversement. Maintenant, que faisons-nous face à ces problèmes complexes ? Qu'est-ce que le politicien fait si il va bientôt y avoir une autre élection? Qu'est-ce qu'un marché faire si le taux d'actualisation signifie que les coûts à long terme, ne compte pas. Qu'est-ce qu'un citoyen fait s'il pense qu'il va déménager l'année prochaine et ne sera pas ici quand ces problèmes arriveront ? 

Si je veux améliorer ma situation énergétique, je dois faire que la situation énergétique semble s'aggraver à court terme, d'une manière ou d'une autre. Par exemple, je pourrais lever des impôts, établir des quotas, imposer des normes juridiques sur l'efficacité de l'automobile. D'une manière ou d'une autre, il est nécessaire d'augmenter les coûts de l'énergie à court terme, afin de rendre les coûts d'énergie moindre dans le long terme. La plupart des problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui, comme le changement climatique, sont des problèmes difficiles dans ce sens. 

Comment peut-on convertir différents problèmes en des problèmes faciles? Comment pouvons-nous obtenir de notre société de traiter des questions difficiles de manière automatique et constructive. Vous devez d'abord accroître l'horizon temporel. Vous devez repousser la période de planification assez loin pour que les gens commencent à voir la différence entre la politique qui semble bonne maintenant et celle qui résout réellement le problème. La Planification à long terme fait cela. Et la deuxième chose est de donner aux gens une compréhension sophistiquée sur le comportement de systèmes complexes. Beaucoup de gens ne peuvent pas imaginer qu'une action qui produit des avantages immédiats, peut en quelque sorte à l'avenir être un désastre. Leur compréhension des comportements les conduit à croire que tout ce qui croit dans le court continue à augmenter dans le long terme.

lundi 25 juin 2012

Interview de Dennis Meadows

Un interview dans le monde de Dennis Meadows, par Stéphane Foucart et Hervé Kempf. Si vous n'avez qu'un article à lire dans le mois, c'est celui là :


En mars 1972, répondant à une commande d'un think tank basé à Zurich (Suisse) - le Club de Rome -, des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) publiaient The Limits to Growth, un rapport modélisant les conséquences possibles du maintien de la croissance économique sur le long terme. De passage à Paris , mercredi 23 mai, à l'occasion de la publication en français de la dernière édition de ce texte qui fait date (Les Limites à la croissance, Rue de l'Echiquier, coll. "Inital(e)s DD", 408 p., 25 euros), son premier auteur, le physicien américain Dennis Meadows, 69 ans, a répondu aux questions du Monde.
Quel bilan tirez-vous, quarante ans après la publication du rapport de 1972 ? 
D'abord, le titre n'était pas bon. La vraie question n'est pas en réalité les limites à la croissance, mais la dynamique de la croissance. Car tout scientifique comprend qu'il y a des limites physiques à la croissance de la population, de la consommation énergétique, du PIB, etc. Les questions intéressantes sont plutôt de savoir ce qui cause cette croissance et quelles seront les conséquences de sa rencontre avec les limites physiques du système. Pourtant, l'idée commune est, aujourd'hui encore, qu'il n'y a pas de limites. Et lorsque vous démontrez qu'il y en a, on vous répond généralement que ce n'est pas grave parce que l'on s'approchera de cette limite de manière ordonnée et tranquille pour s'arrêter en douceur grâce aux lois du marché. Ce que nous démontrions en 1972, et qui reste valable quarante ans plus tard, est que cela n'est pas possible : le franchissement des limites physiques du système conduit à un effondrement. Avec la crise financière, on voit le même mécanisme de franchissement d'une limite, celle de l'endettement : on voit que les choses ne se passent pas tranquillement. 
Qu'entendez-vous par effondrement ? 
La réponse technique est qu'un effondrement est un processus qui implique ce que l'on appelle une "boucle de rétroaction positive", c'est-à-dire un phénomène qui renforce ce qui le provoque. Par exemple, regardez ce qui se passe en Grèce : la population perd sa confiance dans la monnaie. Donc elle retire ses fonds de ses banques. Donc les banques sont fragilisées. Donc les gens retirent encore plus leur argent des banques, etc. Ce genre de processus mène à l'effondrement. On peut aussi faire une réponse non technique : l'effondrement caractérise une société qui devient de moins en moins capable de satisfaire les besoins élémentaires : nourriture, santé, éducation, sécurité.  

samedi 31 mars 2012

no-tech magazine and low-tech magazine

La technique depuis la révolution industrielle se résume souvent a remplacer du travail par de l'énergie (cela n'est possible qu'avec une énergie pas chère et abondante). De fait à chaque fois que l'on essaye de faire une sorte de bilan de consommation d'énergie d'une technique ou un bilan environnemental complet, on est confronté à une chaîne d'implications sans fin... (cf systèmes complexes). Cette complexité est consommatrice d'énergie et de ressources, presque par définition (CF. entropie) . Ainsi on constate souvent que la solution la plus low-tech a le meilleurs bilan.

Mais attention, low-tech ne signifie pas dénué d’ingéniosité, de savoir faire. C'est souvent, à l'inverse, la solution la plus difficile.  C'est la démarche des sites notechmagazine et lowtechmagazine

Un exemple d'article très intéressant, comment la brouette chinoise
permettait un réseau de transport peu couteux et très efficace  :
How to downsize a transport network: the Chinese wheelbarrow

jeudi 8 décembre 2011

Effet de levier : où intervenir dans un système ?


Par Donella Meadows

Donella Meadows fondatrice du "Sustainability Institute" et professeur au Dartmouth College.
Article original en anglais ici :Leverage Points: Places to Intervene in a System 



Comment pouvons-nous changer la structure des systèmes pour produire plus de ce que nous voulons et moins de ce qui est indésirable ? Après des années de travail avec des entreprises sur leurs problèmes de systèmes, Jay Forrester du MIT aime à dire qu'un gestionnaire moyen peut définir le problème courant de manière très convaincante, il peut identifier la structure du système qui mène au problème, et deviner avec une grande précision, où chercher pour tirer parti des effets de levier, où un petit changement pourrait conduire à un important changement de comportement du système.

Cette idée d’effet de levier n'est pas unique à l'analyse des systèmes, ça fait partie de la légende : la solution miracle, le remède, le raccourci, le mot magique, le chemin sans effort pour couper à travers ou sauter par-dessus des obstacles énormes. Nous voulons non-seulement croire qu'il existe des points de levier, mais nous voulons savoir où ils sont et comment mettre la main dessus. La connaissance des effets de levier est source de pouvoir.

Mais Forrester poursuit en soulignant que bien que les gens qui sont profondément impliqués dans un système savent souvent intuitivement en repérer les points de levier, le plus souvent, ils poussent le changement dans la mauvaise direction.

L'exemple classique de cette intuition inversée a été ma propre introduction à l'analyse des systèmes, le "modèle-monde" du rapport Meadows. Interrogé par le Club de Rome (un groupe international d'hommes d'affaires, d'hommes d'état, et de scientifiques) pour montrer comment les grands problèmes mondiaux de la pauvreté et de la faim, de la destruction de l'environnement, de l'épuisement des ressources, de la dégradation urbaine, et du chômage sont liés et comment ils pourraient être résolus, Forrester a construit un modèle informatique d'où est ressorti un point de levier clair : la croissance [1] (pas seulement la croissance de la population mais aussi la croissance économique). La croissance a des coûts ainsi que des avantages, et nous ne comptons généralement pas les coûts (parmi lesquels la pauvreté et la faim, la destruction de l'environnement et ainsi de suite, toute la liste des problèmes que nous essayons de résoudre avec la croissance !). Ce qui s'avère nécessaire est une croissance beaucoup plus lente, différents types de croissance, et dans certains cas, aucune croissance ou une croissance négative. 

Les dirigeants du monde sont correctement focalisés sur la croissance économique comme la réponse à pratiquement tous les problèmes, mais ils poussent de toutes leurs forces dans la mauvaise direction. 

Un autre des grands classiques de Forrester était son étude de la dynamique urbaine, publié en 1969, qui a démontré que le logement subventionnés pour les faibles revenu est un point de levier [2]. Pourtant, il a montré que le moins il y en a, le mieux la ville s’en porte et même le mieux les gens à faible revenu s’en portent. Ce modèle est sorti à un moment où la politique nationale était dictée par des projets massifs de logement pour faible revenu, et Forrester a été tournée en dérision. Depuis lors, beaucoup de ces projets ont été démolis ville après ville. 

Contre-intuitif, c’est le mot de Forrester pour décrire les systèmes complexes. Les points de levier sont souvent peu intuitifs. Et s'ils sont identifiés, nous avons trop souvent tendance à les utiliser à l’envers, aggravant systématiquement les problèmes que nous essayons de résoudre, quels qu’ils soient. 

Je ne peux pas arriver avec des formules rapides ou faciles pour trouver des points de levier dans les systèmes complexes et dynamiques. Donnez-moi quelques mois ou quelques années, et je vais les trouver. Et je sais par expérience que, parce qu'ils sont tellement contraires à l'intuition, quand je découvre des points de levier pour un système, presque personne ne va me croire. C’est très frustrant, surtout pour ceux d'entre nous qui aspirent non-seulement à comprendre les systèmes complexes, mais qui aspirent aussi à mieux faire fonctionner le monde. 

C’était dans un tel moment de frustration que j'ai proposé une liste des endroits où intervenir dans un système lors d'une réunion sur les conséquences de la mondialisation du commerce. Je vous offre cette liste avec beaucoup d'humilité et, en voulant laisser la place à son évolution. Ce qui bouillonnait en moi ce jour-là a été distillé par des décennies d'analyse rigoureuse des différentes sortes de systèmes, faite par de nombreuses personnes intelligentes. Mais les systèmes complexes sont ainsi, complexes. Il est dangereux de généraliser à leur sujet. Ce que vous lisez ici est toujours un travail en cours, ce n'est pas une recette pour trouver des points de levier. Plutôt, c'est une invitation à réfléchir plus largement sur le changement dans un système. 

"L'état du système" est le stock permanent qui est considéré comme important : la quantité d'eau derrière le barrage, la quantité de bois récoltable dans la forêt, le nombre de personnes dans la population, peu importe. Les états du système sont généralement des stocks physiques, mais ils pourraient être aussi immatériels : la confiance en soi, le degré de confiance dans les fonctionnaires, la sécurité perçue d'un quartier. 

Il y a habituellement des entrées qui augmentent le stock et les sorties qui le diminue. L’apport du fleuve et de la pluie élève l'eau derrière un barrage; l'évaporation et la décharge par le déversoir l'abaisse. La corruption politique diminue la confiance dans les fonctionnaires publics, l'expérience d'un gouvernement qui fonctionne bien l’augmente. 

Dans la mesure où cette partie du système se compose de stocks physiques et de flux, et qu’ils sont le fondement de tout système, elle obéit aux lois de la conservation et de l'accumulation. Vous pouvez facilement comprendre sa dynamique si vous pouvez comprendre le principe d'une baignoire avec de l'eau dedans (le stock, l'état du système), une vidange vers où l’eau s'écoule et un robinet d'où elle coule. Si le taux d'entrée est plus élevé que le taux d'écoulement, l'eau monte progressivement. Si le taux de sortie est plus élevée que le flux entrant, le niveau d'eau diminue progressivement. Typiquement, la réponse du niveau d'eau aux variations soudaines dans l'entrée ou la sortie des vannes est lente, il faut du temps pour que les flux s'accumulent en stocks, tout comme il faut du temps pour l'eau pour remplir la baignoire ou pour s'en écouler. Les changements de politique mettront du temps pour que leurs effets s'accumulent. 

Quand les systèmes deviennent complexes, leur comportement peut devenir surprenant. Pensez à votre compte-chèques. Vous faite des virement et des dépôts. Un petit peu d'intérêt s’accumule petit-à-petit (si vous avez un solde assez grand) et des frais bancaires s'écoulent, même si vous n'avez pas d'argent dans le compte, créant ainsi une accumulation de dette. Maintenant attachez votre compte à un millier d'autres et laissez la banque créer des prêts en fonction de vos dépôts combinés et fluctuants, liez un millier de ces banques dans un système de réserve fédérale et vous commencez à voir comment des stocks et des flux simples, soudés ensembles, créent des systèmes trop compliqués et dynamiquement trop complexes pour pouvoir être compris facilement. 

C'est pourquoi les points de leviers ne sont souvent pas intuitifs du tout. Tout ceci constitue assez de théorie des systèmes pour pouvoir commencer à énumérer la liste des lieux où intervenir dans un système .

dimanche 20 novembre 2011

David Korowicz

Une conférence de  David Korowicz, l'auteur de l'article que j'ai traduit précédemment "Complexité, énergie et économie mondialisée". Il y reprend les mêmes notions que dans l'article (en VO). 

David Korowicz vit a Dublin est physicien et écologue des systemes humains, si cette chose existe. Il est membre du comité exécutif de Feasta (foundation for the economic of sustainability) et est directeur de Risk-Resilience, une société de conseil spécialisée dans la gestion des risques à grande échelle et des risques systémiques. Il est également membre du conseil de Comhar, Commission Irlandaise du développement durable.

mardi 8 novembre 2011

Complexité, énergie et économie mondialisée 4 /4

Quatrième et dernière partie de l'article de David Korowicz où il parle principalement de dynamique de système en donnant une vision très enthousiasmante du futur.

Ceci dit, j'attends toujours que quelqu’un me donne une grille de lecture alternative qui expliquerait aussi bien ce à quoi nous assistons en ce moment : effondrement des systèmes monétaires, crise financière,  économique, hausse du prix de l’énergie et des matières premières, crise alimentaire... etc 





Dynamique de l'effondrement :

Le modèle de contraction oscillatoire ne prend pas en pas compte correctement certaines des structures intégrées de l'économie mondiale qui, bien que relativement évidentes, ont été obscurcies par le fait qu'elles ont été adaptées à une économie en pleine croissance. Si la production de pétrole baisse, et que nous ne pouvons pas combler le fossé entre l'énergie nécessaire à la croissance et ce qui peut être produit, comme nous l'avons vu dans le modèle de contraction oscillante, cela limite la disponibilité d'autres types d'énergie, alors l'économie mondiale doit continuer à se contracter . En bref, l'humanité est aux limites ou a dépassé les limites à la croissance.
Les structures intégrées qui échoueraient à se contracter d'une manière ordonnée s’effondrerait. Les structures qui se décomposeraient incluent le système monétaire et financier, les infrastructures essentielles, les économies d'échelle mondiale, et la production alimentaire. Comme souligné plus haut, ces structures sont profondément interdépendantes. En conséquence, leur effondrement se renforceraient mutuellement. Leur effondrement saperait l'ensemble du tissu opérationnel et le fonctionnement de l'économie mondiale et tout ce qu'elle supporte.

Il a été argumenté jusqu'à présent que notre civilisation est un seul système adaptatif complexe. Les systèmes adaptatifs complexes, et les sous-systèmes dont ils sont composés, sont une caractéristique de systèmes thermodynamiques ouverts . Et bien qu'il en existe une grande diversité, des marchés aux écosystèmes, ou au comportement d’une foule, leurs propriétés dynamiques ont des caractéristiques communes. La plupart du temps les systèmes adaptatifs complexes sont stables, mais beaucoup d'entre eux ont des seuils critiques appelés points de basculement, quand le système se déplace brusquement d'un état à un autre. Les points de basculement ont été étudiés dans de nombreux systèmes, y compris les crashs de marché, les brusques changements climatiques, l'effondrement de la pêche et les crises d'asthme. Malgré la complexité et le nombre de paramètres au sein de tels systèmes, le méta-état du système peut souvent être dépendant seulement d'une ou deux variables clés d’état. [22]
Des recherches récentes ont indiqué que ces systèmes, à l'approche d'un point de basculement, commencent à avoir des caractéristiques comportementales communes, indépendamment du type particulier de système. [23] Cette unité entre les dynamiques de systèmes disparates nous donne un formalisme par lequel décrire l'état dynamique de la civilisation globalisée, via sa mesure approximative du produit mondial brut (PMB) et de sa variable d'état majeur, le flux d'énergie.

On donne le nom de bifurcation catastrophique à un type de transition, où une fois le point de basculement passé, une série de rétroactions positives conduit le système à un état contrasté. Par exemple, comme le climat se réchauffe, il augmente les émissions de méthane de la toundra arctique, qui entraîne un changement climatique encore plus fort, ce qui conduit à une croissance supplémentaire des émissions. Cela pourrait déclencher d'autres points de basculement, comme la mort de la forêt dans le bassin de l'amazone, ce qui conduirait à d'autres émissions. Ces rétroactions positives pourraient signifier que tout ce que l'humanité pourrait essayer de faire n’aurait plus aucun impact puisque ce serait submergé par l'accélération de la beaucoup plus grande échelle de ces procédés.


lundi 7 novembre 2011

Complexité, énergie et économie mondialisée 3 /4

Troisième partie de l'article de David Korowicz où il parle du mécanisme du pic pétrolier et de ses probables conséquences économiques.





Le pic pétrolier

Le phénomène de pic - que ce soit en matière de pétrole, gaz naturel, de minéraux ou encore de pêche - est une expression de la dynamique suivante. Lorsque l’on a une ressource finie comme le pétrole, on constate en général que ce qui est le plus facile à exploiter est utilisé en premier. Quand la demande de pétrole augmente, et que les connaissances et les technologies associées à l'exploration et l’exploitation progressent, la production peut monter en puissance. Toute nouvelle production bon marché encourage de nouveaux produits dérivés du pétrole, les nouveaux marchés et bénéfices génèrent à leur tour des revenus pour les investissements dans la production. Pendant un temps, c'est un processus qui se renforce de lui même, mais finalement ce renforcement s’affaiblit parce que les coûts énergétiques, matériels et financiers pour trouver et exploiter la nouvelle production commencent à augmenter. Ces coûts augmentent parce que, comme le temps passe, les nouveaux champs pétroliers deviennent plus coûteux à découvrir et à exploiter puisqu’ils sont trouvés dans des petits dépôts, dans les eaux profondes et en plus leurs conditions géologiques sont plus exigeantes techniquement . Dans certains cas, tels que les sables bitumineux, le pétrole nécessite, pour être rendu utile, un traitement très avancé et de grandes dépenses en énergie et en eau. Ce processus est un autre exemple de la baisse des rendements marginaux.
La production d'un puits individuel atteindra un pic et commencera à décliner. La production d'un gisement tout entier, d’un pays et du monde entier montera et chutera. Deux tiers des pays producteurs de pétrole ont déjà passé leur pics individuels. Par exemple, les Etats-Unis ont atteint un sommet en 1970 et le Royaume-Uni en 1999. La baisse s'est poursuivie dans les deux cas. Il est à noter que les deux pays ont parmi les "meilleures universités, les marchés financiers les plus dynamiques, les sociétés de production et d'exploration les plus technologiquement capables et des environnements politiques stables et parmi les plus “pro-business” . Néanmoins, dans aucun cas cela n'a arrêté le recul.
Quand les grands champs anciens produisant du pétrole bon marché reculent, un effort de plus en plus grand doit être fait pour maintenir la production à l’aide de la découverte et de la production de champs plus petits et plus chers. En termes financiers, ajouter chaque nouveau baril de production (le baril marginal) devient plus cher. Sadad al-Huseini a déclaré en 2007 que le plancher technique (le coût de base de la production pétrolière) était d'environ 70 $ le baril sur la marge, et que cela augmenterait de 12 $ par an (en supposant que la demande soit maintenue par la croissance économique). [15] Cette escalade rapide du coût marginal de production du pétrole est récente. Au début de 2002, le coût marginal d'un baril était de 20 $.
Il est parfois affirmé qu'il y a une énorme quantité de pétrole dans les dépôts tels que les sables bitumineux canadiens. Les questions que cette allégation devrait soulever sont "Quand cela sera-t-il mis en service?", "A quel taux peut être mis à disposition le pétrole?", "Quel est le rendement énergétique net ?" Et "la société peut-elle se permettre ce coût d'extraction?" Si moins d'énergie nette était disponible à partir de ce pétrole, cela nous rendrait beaucoup plus pauvres, et on pourrait encore moins se permettre de se le payer. Finalement, la production ne serait plus viable puisque les économies ne pourraient plus payer le coût marginal d'un baril. Dans une veine similaire, nos mers contiennent d'énormes réserves d'or, mais il est tellement dispersé que le coût énergétique et financier de son raffinage serait largement supérieur aux avantages (les eaux territoriales irlandaises contiennent environ 30 tonnes).

Quelques idées fausses concernant le pic pétrolier:

jeudi 3 novembre 2011

Complexité, énergie et économie mondialisée 2/4


La suite de l'article de David Korowicz où l'on comprend le lien entre  mondialisation et complexité et entre complexité et énergie.

L'économie mondiale, augmentation la co-dépendance et l'intégration :

Quand l'économie mondialisée croit, la population augmente, la richesse et l'intégration ouvre la possibilité à de nouvelles économies d'échelle et à des niches productives plus diversifiées. Lorsque de nouvelles technologies et modèles d'affaires (solutions ou ensembles de solutions) émergent, ils co-adaptent et co-évoluent avec ce qui est déjà présent. Leur adoption et leur diffusion par le biais des réseaux plus larges dépend de l'efficacité qu'ils fournissent en termes de réduction des coûts et de nouveaux débouchés. L'un des principaux moyens de gagner en efficacité globalement est de laisser les différentes pièces du système partager les coûts des transactions en partageant des plate-formes d'infrastructures communes (réseaux d'information et de transport, réseau électrique, eau / eaux usées, systèmes financiers...etc). Ainsi, il y a une tendance qui se renforce à avantager ceux qui construisent la plate-forme ainsi que les utilisateurs de la plate-forme, qui grandit à mesure que le nombre d'utilisateurs augmente. Avec le temps, l'échelle du système devient un obstacle à une diversification vers des systèmes alternatifs puisque le coût initial et les économies d'échelle intégrés deviennent un obstacle plus important pour les nouveaux entrants, en particulier là où il y a une plaque tournante d’infrastructures complexes. Le manque de diversité du système n'est pas nécessairement due à des monopoles d'entreprise. Par exemple, il y a une concurrence vigoureuse entre les fournisseurs de services de téléphone mobiles, mais ils partagent des plates-formes d'information communes et dépendent des réseaux d'électricité et du système monétaire, qui ont tous deux peu ou pas de diversité de système.

Nos systèmes d'exploitation sont intégrés dans l'économie globale. Des infrastructures coûteuses et un besoin continuel pour des composants de remplacement signifie que les économies d'échelle et un grand nombre de personnes économiquement liées sont nécessaires pour les rendre viables. Par exemple, les ressources nécessaires pour maintenir l'infrastructure IT sur laquelle nous nous appuyons pour des services essentiels sont telles que cela requiert aussi que nous achetions des consoles de jeux, que nous envoyions des messages texte superflus et que nous regardions des vidéos sur YouTube. En d'autres termes, nos besoins non-discrétionnaires et les systèmes critiques qui les soutiennent sont abordables car ils sont subventionnés par des dépenses discrétionnaires, qui dépendent elle-même de nouvelles économies d'échelle générées par l'économie mondialisée qui nous fournit notre revenu discrétionnaire en premier lieu.

Dans cette perspective, poser des questions sur les besoins en ressources pour des produits individuels de l'économie (un ordinateur ou mon café du matin, par exemple) est équivalent à poser des questions sur les ressources nécessaires à votre doigt, cela n'a de sens que si le reste du corps est doté de ressources suffisantes .

Passage de l'énergie primaire à l'énergie finale pour la France
(source du graphique)

samedi 29 octobre 2011

Complexité, énergie et économie mondialisée 1/4


Il existe en anglais une expression dont je n'arrive pas à trouver une traduction satisfaisante : "To connect the dots". Reconstituer une vision d'ensemble à partir des différents éléments fractionnels dont on dispose. Voici un article qui essaie donc de connecter les dots. C'est une synthèse actuelle des idées de Joseph Tainter, de limits to growth  et de Donella Meadows

Cette approche de dynamique des systèmes fait ressortir une grille de lecture que je trouve particulièrement pertinente pour "la civilisation", "le développement". Cela relie ressources, développement, économie et entropie (notion physique entre énergie et complexité)


À l'aube de l'effondrement: complexité, énergie et économie mondialisée
par David Korowicz

Les systèmes dont nous dépendons tous pour nos transactions financières, pour notre nourriture, notre carburant et autres moyens de subsistance sont si interdépendants qu'ils est mieux de les considérer comme des facettes d'un système global unique. La maintenance et l'exploitation de ce système mondial exige beaucoup d'énergie et, parce que les coûts fixes d’exploitation sont élevés, ce système n’est seulement rentable que s'il opère à pleine capacité. En conséquence, si son débit baisse parce que moins d'énergie est disponible, il ne se contracte pas d’une manière douce et contrôlable. Au contraire, il est sujet à un effondrement catastrophique.

image par Paul Butler

Fragments d'une économie mondialisée :
  • L'éruption du volcan Eyjafjallajökull en Islande a conduit à la fermeture de trois lignes de production de BMW en Allemagne, à l'annulation d’opérations de chirurgie à Dublin, à des pertes d'emplois au Kenya, à des passagers bloqués dans le monde entier et à de sévères avertissements sur les effets que ces bouleversements aurait sur certaines économies déjà stressées.
  • Pendant le blocus de dépôt de carburant au Royaume-Uni en 2000, les chaînes d'approvisionnement à flux tendu des supermarchés se sont interrompues et, comme les stocks fondaient, les étagères se sont immédiatement vidées. L'anxiété à ce sujet est montée à un point tel que le ministre de l’intérieur, Jack Straw, a accusé le blocus des camionneurs de "menacer la vie des autres et de mettre l'ensemble de l’économie et de la société à risque ».
  • L'effondrement de Lehman Brothers a contribué à précipiter un bref gel dans le financement du commerce mondial dans le même temps que les banques avaient peur d'accepter les lettres de crédit des autres banques. [1]
Tout comme nous ne remarquons jamais le sol sous nos pieds à moins que nous ne trébuchions, nous n’entre-apercevons ces réseaux complexes d'inter-dépendances sur lesquelles repose la vie moderne que lorsqu'une partie de ces réseaux échoue. Lorsque la panne est corrigée, le rideau se referme et tout revient à la normale. Cependant, c’est cette “normale”qui est extraordinaire.


mardi 25 octobre 2011

Combien de liberté un homme peut-il supporter ?

Extrait d'un article de Dimitri Orlov sur : http://www.orbite.info/traductions/dmitry_orlov/le_pic_petrolier_c_est_de_l_histoire.html

Mais à mesure que la culture et la société américaines sont devenues plus complexes avec davantage de pièces mobiles, elles sont devenues plus distrayantes. Depuis des décennies nous avons atteint le point où le niveau de distraction est si haut que peu de gens sont capables de s'y retrouver avec assez de conscience individuelle intacte pour réfléchir, encore moins pour questionner la nature de notre environnement national. Comme le reste de la planète, les Américains réagissent principalement au monde tel qu'il leur est présenté chaque jour. Mais le monde tel qu'il est compris par les Américains passe maintenant à travers de nombreuses couches de filtres distordus, la plupart distordus volontairement pour un gain économico-financier par une entité dominante ou une autre. Tellement qu'il est atomisé, kaléidoscopiquement diffracté. On ne peut identifier même le plus simple objet à travers un kaléidoscope. Éblouis, désorientés et détachés de la réalité, nous sommes rendus effectivement aveugles — donc facilement dirigés et gérés. Alors nous écoutons les rares voix fortes adressées au nombre et nous écartons n'importe quel dissentiment comme du bruit de fond.

mardi 4 octobre 2011

La malédiction de Cassandre

Ci dessous la traduction d'un texte de Ugo Bardi sur la manière dont l’étude "Limits to Growth" connue en français sous le nom "Rapport du club de Rome" a été diabolisée depuis sa parution en 1972.

L'article original en anglais est accessible ici : "Cassandra's curse: how "The Limits to Growth" was demonized"


L’histoire de Cassandre est très ancienne : sa malédiction était qu'elle dirait toujours dire la vérité et qu’elle ne serait jamais cru. Mais c'est aussi une histoire très moderne et, peut-être que la quintessence des Cassandres de notre époque serait le groupe de scientifiques qui ont préparé et publié en 1972 le livre intitulé "The Limits to Growth". Avec ses scénarios d'effondrement de civilisation, le livre a choqué le monde peut-être plus que Cassandre n’avait choqué ses compatriotes les citoyens de Troie quand elle avait prédit la chute de leur ville aux Achéens. Tout comme Cassandre ne fut pas cru, l’étude "The Limits to Growth". est aujourd'hui encore largement perçue comme une étude défectueuse, qui s’est trompée tout le long. Cette opinion est basée uniquement sur ​​des mensonges et des distorsions, mais, apparemment, la malédiction de Cassandre est toujours bien vivante de notre temps.




Le premier livre de la série LTG ( “The Limits to Growth") a été publié en 1972 par un groupe de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology: Dennis Meadows, Donella Meadows, Jorgen Randers et William Behrens III. Le livre a rapporté les résultats d'une étude commandée par un groupe d'intellectuels qui avaient formé le "Club de Rome" quelques années auparavant. Il a examiné l'évolution de l'économie du monde entier au moyen d'un modèle mathématique basé sur un «système dynamique», une méthode qui avait été élaboré auparavant par Jay W. Forrester. En utilisant des ordinateurs, une nouveauté pour l'époque, le modèle LTG du monde pouvaient suivre l’évolution d’un grand nombre de variables et de leurs interactions au fur et a mesure que le système change avec le temps. Les auteurs ont élaboré un certain nombre de scénarios pour l'avenir du monde a partir de différentes hypothèses. Ils ont constaté que, a moins que des mesures spécifiques ne soient prises, l'économie mondiale tend à s'effondrer à un moment donné au 21ème siècle. L'effondrement est causé par une combinaison d'épuisement des ressources, de surpopulation et de pollution croissante (ce dernier élément que nous verrions aujourd'hui comme liés au réchauffement climatique).

vendredi 30 septembre 2011

Limits to growth

Si vous avez lu jusqu'au bout l'avant dernier post, j’espère que votre curiosité a été éveillée par "le rapport Meadows", autrement appelé "rapport du club de Rome" ou encore désigné par le titre du livre qui en a découlé  : "limits to growth".

Cette étude de scientifiques du MIT, publiée en 1972, avait pour but, ni plus ni moins, que de faire un modèle du monde ! Je vous entend déjà dire "bullshit". Bien évidemment qu'il est impossible de mettre le monde en équation. Par contre il est possible de constater que par exemple, dans les grandes lignes, l'accroissement démographique varie en liaison avec le développement économique ou encore que l'exploitation des terres agricole s'intensifie avec l'accroissement démographique. Ou que l'exploitation des ressources augmente avec l’activité économique et que l’activité économique augmente avec le dynamisme démographique...etc.

Tout cela est à la fois simple et complexe mais ce qui est sur, c'est que cette approche dit de dynamique des systèmes est moins simpliste que ce que font quotidiennement tous les économistes, hauts fonctionnaires, planificateurs et politiques qui n'ont comme seule perspective sur le futur que de prolonger les tendances actuelles.

Ce que font donc les modélisateurs en dynamique des systèmes, c'est d'essayer de comprendre comment les choses sont liées et de faire tourner cela sous forme de modèle. Il est important de noter que, que ce soit un modèle de climat ou un modèle  monde, une manière très simple de comprendre si le modèle a de la valeur, c'est de le faire tourner pour une période dont on connait déjà les résultats et de voir si on obtient bien la même chose que ce qui s'est réellement passé. 

  • Il se trouve par exemple que les modèle de climats que font tourner les climatologues sont cohérents avec les grandes lignes des variations du climat des derniers 10 000 ans jusqu’à aujourd'hui en rentrant comme condition initiales ce qu'on sait des données d'il y a 10 000 ans .
  • Les modèles de météo sont capables de prévoir la météo d’hier avec les données d'avant hier.
  • et les modèles world 1 2 et 3 issus des études de "limits to growth" sont cohérents avec l’évolution du monde depuis la révolution industrielle jusqu’à aujourd'hui.




Voici une application internet ou vous pouvez jouer par vous-même avec le modèle world 3 en changeant les conditions initiales (la quantité de ressource disponible, la vitesse du développement technologique, ou des politiques contraignantes d’économie de ressources) et voir ce qui se passe.

Par exemple ceci : 




Dans presque toutes les simulations, le modèle montre un effondrement de la population, des productions agricoles et industrielles, avant la fin de la première moitié du XXIème siècle. Cela est somme toute assez intuitif : épuisement des ressources et des terres agricoles, explosion de la pollution (CO2 entre autres) qui ont des retours négatifs sur les autres variables et c'est le cercle vicieux jusqu’à l'effondrement. Bien sure le modèle est trop simple pour être vraiment prédictif, par contre la facon dont évolue le modèle et sa vitesse (effondrement) est pour le moins troublant sachant qu'il y a de grande chances pour qu'un modèle beaucoup plus sophistiqué réagisse de la même manière. C’était en gros les conclusions de l’étude "limits to growth" au début des années soixante dix. Depuis, tout le monde, s'est efforcé de nier le problème.

(a suivre...)

dimanche 26 septembre 2010

Quelles évidences ?

Quelles évidences que le scénario "business as usual" pour notre civilisation industrielle n'est pas viable ?

1. Dans ce qu'on mange, il y a dix calories de pétrole (engrais, transport, réfrigération...) pour un calorie de bouffe. Dans un monde ou déjà quelque milliard de gens ne mangent pas à leur faim, si le pic pétrolier (qui n'est pas la fin du pétrole) ne fais pas peur, c'est qu'on se fourvoie en pensant que "on va bien trouver quelque technologies de remplacement" comme si une energie abondante etait une sorte de droit divin de l'humanite.

2. Jusqu'à preuve du contraire, pour l'instant toute croissance économique s'accompagne de croissance de la consommation d'énergie. Si quelqu'un a des infos comme quoi le découplage est en train de s'opérer, je suis preneur. En attendant, je ne vois pas de quoi avoir un optimiste béa sur le fait que quand l'énergie disponible pour l'économie diminuera, la croissance reviendra quand même.

3.En ce qui concerne le changement climatique, le problème n'est pas de perdre quelques îles dans le pacifique. Un problème un peu plus grave c'est que quelque degrés de plus suffisent a redessiner complètement la carte des pluviométrie a l'échelle mondiale avec sûrement plus de perdants que de gagnants. Quand on sait que quelque mois de sécheresse dans le mid-ouest américain suffisent a créer des émeutes de la faim a l'autre bout du monde, pas la peine de faire un dessin sur les conséquences de quelque dizaine de % de pluviométrie en moins sur la moitié des terres agricoles planétaire...dans un monde a 9 milliards d'habitants...et les OGM qui fond pousser du riz sans eau, c'est de la SF.

4.Les médias ne sont pas assez catastrophistes !! Sur le réchauffement climatique, ce ne sont pas des illumines qui ont peur, ce sont des milliers de scientifiques dont si on lits les publications on commences a verdir. (et je parle de publication peer review, pas du journal du dimanche).

5. En ce qui concerne l'extinction des espèces, la perte de biodiversité, je crois que la majorité des gens n'ont pas bien compris l'importance de la diversité génétique que ce soit en matière animale, végétale ou humaine. Sans faire un cour, une piste : "résilience".

6. Si l'on comprend que le rapport du club de Rome n'est pas un ensemble de prévision a la Nostradamus comme de nombreux économistes se font un plaisir de le caricaturer, mais c'est un ensemble de modélisations scientifique et de scénarios qui ressemblent étrangement a ce qui se passe en ce moment, il y a de quoi douter de tous les scénario de prolongation tendancielles dont on nous rabâche les oreilles.

7. On voit en ce moment même que l'EROI de notre système énergétique diminue. Si on fait le lien avec les idées de Joseph Tainter dans "Failure of complex systems", on comprend que la solution ne viendra pas d'elle même, et que des changement très profonds sont nécessaires.

Même si l'on est de nature optimiste, si tout cela ne sonne pas ne serais-ce qu'une tout petite alarme au fond de notre inconscient, en dépit de toutes les certitudes candides que nous vivons dans le meilleur des mondes, c'est que je n'y comprend rien.

mercredi 28 juillet 2010

Joseph tainter; The Collapse of complex Civilisations

Une explication rapide par Joseph Tainter de sa "théorie de l'effondrement"






NB : Je suis assez surpris car il n'y a rien sur Joseph Tainter sur wikipedia en Français.
J'ai donc trouvé que c'etait une bonne action de faire une transcription de cette petite vidéo :

J'ai regardé certaine civilisations anciennes sur une longue période de temps et j'ai réalisé que le challenge auquel elles faisait face était le coût induit du fait que leur société devenaient de plus en plus complexe. Quand ces sociétés étaient confrontées à un problème, que ce problème soit des ennemis extérieurs ou que ce soit de gérer leur propre environnement, elles ont tendance à développer des institutions plus complexes. Très souvent cela signifie une plus grande armée, un gouvernement plus large, plus de contrôle sur le peuple, et une propension à taxer les citoyen plus lourdement pour payer pour la résolution des problèmes complexes. 
Bien sur c'est une leçon pour aujourd'hui évidement parce que nous avons les "institutions de résolution de problèmes" les plus complexes  qui ait jamais existées. La difficulté avec la complexité est qu'elle a toujours un coût, que nous parlions d'organismes au fur et à mesure qu'ils évoluent pour devenir plus complexes, ou de sociétés qui se complexifient avec le temps. 
Dans les sociétés anciennes le problème a été que la complexité a dépassée le point qui était durable relativement à l'énergie solaire qui les soutenait. Nous devons nous rappeler qu'elles n'avaient pas les énergies fossiles que nous avons aujourd'hui,. alors à la fin elle atteignait le point ou la complexité de leur société ne pouvait plus être entretenue sur la base de leur ration d'énergie solaire, autrement dit de leur agriculture. 
Quand je regarde le monde industrialisé aujourd'hui et que j'essaye de me représenter comment elles pourraient se développer dans les prochaines décennies, ce que je vois est un grand nombre de problème très coûteux qui convergent tous en même temps. Nous n'avons pas seulement le problème de l'énergie qui est si prégnant aujourd'hui mais nous avons des problèmes concernant une population vieillissante, et le financement des retraites pour les gens de ma génération. Nous avons des problèmes d'infrastructures vieillissantes qui doivent être entretenues et remplacées, nous avons le problème récurrent des coûts militaires très grands. Dans les sociétés anciennes que j'ai étudié, par exemple, l'empire romain, le grand problème qu'ils avaient était qu'ils devaient payer des coût très haut juste pour maintenir le statu quo, investir de grande sommes pour résoudre des problèmes sans qu'il y ai un retour nettement positif, mais juste pour conserver ce qu'ils avaient déjà. Tout cela diminue le bénéfice qu'il y a à être une société complexe. Donc à la fin, il était très coûteux d'être l'empire romain, et ça ne valait plus vraiment la peine. 
Le problème immédiat que je vois pour notre future, est une grande difficulté pour maintenir le niveau de vie auquel les gens dans les pays industrialises sont habitués, et l'instabilité politique et sociale qui pourrait découler de ça.

jeudi 3 décembre 2009

Leverage point

Un très bon article sur le thème du changement dans les systèmes complexes écrit par Donella Meadows, un des auteurs du rapport du Club de Rome ou autrement appellé "rapport Meadows". Apparemment cet article est un classique pour les gens qui s'intéressent aux notions de systèmes complexes, en tout cas ça ouvre pas mal de perspectives dans de nombreux domaines. 

Ça serait très intéressant d'essayer de faire une transposition des idées de cet article au domaine de l'urbanisme. Est ce que ça a déjà été fait ?

jeudi 10 septembre 2009

Arcologies

On voit de plus en plus dans les magazines ou sur les sites d'archi des trucs du genre île artificielle avec une mégastructure éco-machin de 2000m de haut bardés de PV avec surtout beaucoup de jardins suspendus pour faire green...

C’est exactement la fuite en avant dont parle Tainter. Fabriquons des projets :
  • hyper complexes, 
  • qui sont sensés résoudre des problèmes 
  • mais qui en définitive n'apportent pas d'avantages réel en terme de qualité de vie
  • dont le coût démesuré et toutes les externalités ne sont pas prise en compte !!!
  • qui rendent la société plus fragile au moindre choc ou catastrophe
  • qui résonnent comme "progrès" dans la tête des élites qui croient jouer a Simcity
  • mais qui en fait sont inconsciemment des arches de Noë
Crystal Island Project

Lilypad floating city concept
Oasis at sea: The Ark hotel concept
Green Float concept: a carbon negative city on the ocean


jeudi 24 avril 2008

Les civilisations meurent aussi

Un bon resume des idees de "Collapse of complex Societies" (traduit sur le site ContreInfo malheureusement inactif depuis longtemps) : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1883


"Complex societies arise as efficient solutions to problems. At first, relatively little investment in complexity yields great benefits. But eventually, diminishing returns kicks in, and greater and greater investment produces less and less benefit. Finally, the point is reached where investment in complexity can no longer yield any increase in benefits. Collapse becomes increasingly probable. At that point, a crisis the society easily weathered earlier in its history - a military loss, drought, resource depletion, etc. - is enough to cause collapse."